TAFTA | La Quadrature du Net

, par  Laure Isabelle LIGAUDAN , popularité : 98%

Donner un point de vue sur TAFTA est une posture politique car que l’on soit pour ou contre c’est souvent assez symptomatique, selon les raisons invoquées, de ses orientations personnelles.

Je voudrai aborder cette problématique sous un angle un peu différent mais qui me semble fondamental quand on s’inquiète, comme moi, de la tiédeur de la posture de notre gouvernement et de l’opacité de sa communication sur de tels sujets ...

Les enjeux sont nombreux et toutes sortes comme la protection de nos données personnelles, l’agriculture, la propriété intellectuelle qui en sont des parties mais surtout qui font toutes l’objet de travaux collatéraux au niveau européen, travaux que nous attendons ou que nous redoutons...
On peut d’ailleurs se demander de la valeur de ces travaux collatéraux une fois le TAFTA entériné !

Mais la question majeure est culturelle au sens large du terme.
Je me souviens avoir entendu une sortie inattendue et semblant decontextuée au CESE lors d’une présentation sur le choc des cultures entre l’Europe et les USA et il faut le dire, assez virulente qui en substrat nous demandait si nous étions prêts à devenir américain jusque dans nos assiettes ...

Et bien, cela me semble de moins en moins atypique comme question ...

Si on parle de la dérugalation que propose TAFTA en pronant l’autorégulation comme levier du développement économique et que l’on se réfère aux USA, que l’on soit d’accord ou pas, c’est cohérent ... aux USA.

En effet, que les entreprises portent plaintes contre l’état quand celui-ci entrave leur compétitivité peut être acceptable car les citoyens regroupées en Class actions feront de même envers les entreprises pour défendre leurs droits.

Si on exclue que seul le flux financier entre mécontents soit la contre partie à toute action qui pourrait valoir d’éthique ou de principe...pourquoi pas ?

Mais en France, on en est pas là ...
Le système n’est pas implémentable car l’accès au droit ne fonctionne pas de la même façon et même si la plainte collective existe maintenant (et ce depuis très peu de temps), la mettre en action relève du tour de force et nos avocats ne peuvent avoir les mêmes processus que les avocats américains pour défendre une cause et se payer sur les dommages et interêts.

Si on parle de concurrence et là, on peut se rapprocher de l’affaire UBER ou AIRR&B qui viennent titiller nos professions réglementées et nos lois d’exception et en fait tout notre arsenal législatif ... et ce n’est que le début car la manifestation des médecins face à la proposition à l’anglo-saxonne de rémunération n’est pas très éloignée de tout cela, de quoi parle t-on si ce n’est de culture.

On pourrait dire en sémantique que la forme finit par transformer le fond et bien, on y est, seulement le fond résiste et cela ne va pas s’arranger non plus ...

Il vient d’être écrit un livre sur la déconnexion de nos élites et c’est aussi un peu là que le bas blesse car ne pas comprendre ce que le numérique transforme culturellement dans notre vielle Europe judéo chrétienne est assez symptomatique de leurs incompétence "digitale" :)

Pensez que l’on peut nous faire croire qu’en nous faisant entrer dans le monde merveilleux du TAFTA et de ses promesses de développement économique sans changer nos fondamentaux culturels de solidarité républicaine est un affront à notre intelligence mais surtout c’est d’une bêtise phénoménale.
On ne fait pas une purée de pomme de terres avec des carottes !

Alors soit, on dérégule tout notre système en y ajoutant des contre pouvoirs citoyens que nous n’avons pas pour permettre l’implémentation d’un nouveau, soit on impose notre vieux sytème républicain en adaptant celui qu’on nous propose à nos valeurs culturelles mais dans tous les cas, demeurer dans cette hypocrisie mène à la perte collective de nos repères et à la montée en puissance des extrêmes.

Je dis cela, je dis rien ...

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